Imaginez pouvoir explorer le sous-sol de votre région en quelques clics, identifier les anciennes carrières, visualiser les nappes phréatiques ou détecter les zones à risque. C’est exactement ce que propose InfoTerre, la plateforme de référence du BRGM qui démocratise l’accès aux données géoscientifiques. Avec des cartes géologiques allant du million au 1/50 000, des données sur les risques naturels et industriels, ou encore des informations détaillées sur les eaux souterraines, cet outil transforme la façon dont les collectivités, les professionnels du bâtiment et les particuliers comprennent et gèrent le territoire. Face aux enjeux climatiques, à l’urbanisation croissante et à la nécessité de préserver les ressources naturelles, disposer d’informations fiables sur ce qui se trouve sous nos pieds n’a jamais été aussi crucial.
Qu’est-ce qu’InfoTerre et pourquoi ça change la donne pour la gestion du sol
InfoTerre fonctionne comme un portail d’accès ouvert à la connaissance géologique digitale. À la base, le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) collecte et archive depuis des décennies des millions de données : forages, sondages, rapports géotechniques, cartes géologiques actualisées. Tout cela était stocké, mais dispersé. L’arrivée du visualiseur cartographique a changé la donne en rendant ces informations interopérables et accessibles au grand public.
Le système respecte les standards internationaux de l’Open Geospatial Consortium (OGC) et s’aligne avec les obligations de la Directive européenne INSPIRE. Cela signifie que les données ne sont pas verrouillées dans un système propriétaire, mais peuvent être exploitées par d’autres applications, intégrées dans Google Earth ou réutilisées via des services web.

Un visualiseur polyvalent pour tous les usages
Que vous soyez agriculteur, urbaniste, gestionnaire de collectivité ou simple citoyen, InfoTerre offre une interface intuitive. Le principe est simple : vous zoomez sur une zone, vous activez ou désactivez les couches thématiques qui vous intéressent, et les données s’affichent. Certaines couches sont pré-configurées selon votre besoin (pollution des sols, hydrogéologie, biodiversité), tandis que d’autres restent masquées jusqu’à ce que vous les activiez.
Vous pouvez mesurer votre exposition à un risque naturel (retrait-gonflement des argiles, inondations), consulter les légendes scientifiques, télécharger les rapports complets ou examiner le détail d’un forage enregistré depuis 1970. C’est un gain de temps considérable par rapport aux démarches administratives traditionnelles.
Les données accessibles : comprendre la géologie sous vos pieds
InfoTerre centralise plusieurs catégories de données essentielles. Les cartes géologiques couvrent la France métropolitaine et les outre-mer, disponibles à plusieurs échelles (du 1/1 000 000 pour une vue régionale au 1/50 000 pour le détail local). Elles révèlent la nature des roches, leur âge et leur disposition.
Ensuite, la Banque de données du Sous-Sol (BSS) rassemble des milliers de forages et sondages. Chaque point d’eau est documenté : profondeur, nature du terrain traversé, résultats de pompages d’essai. Pour les collectivités, cela facilite la recherche de nappes exploitables.
Les données sur les risques naturels et industriels incluent des inventaires d’anciens sites industriels (CASIAS) et de sols potentiellement pollués (BASOL/SIS). Les zones à retrait-gonflement des argiles, critiques pour la stabilité des fondations, figurent également dans le système. Enfin, les informations sur les eaux souterraines permettent d’identifier les masses d’eau, les entités hydrogéologiques et les zones de recharge.

| Type de donnée | Utilité principale | Échelle disponible |
|---|---|---|
| Cartes géologiques | Identifier la composition des terrains, les formations rocheuses | 1/1 000 000 à 1/50 000 |
| Banque du Sous-Sol (BSS) | Consulter les forages, sondages et puits enregistrés | Ponctuelle (point par point) |
| Eaux souterraines | Localiser les nappes, évaluer la vulnérabilité | 1/250 000 à 1/50 000 |
| Risques naturels | Prévoir les aléas (retrait-gonflement, mouvements de terrain) | Départemental et communal |
| Sols pollués (SIS/BASOL) | Identifier les zones sensibles, planifier la dépollution | Commune par commune |
La géologie de surface : bien plus que des roches
Au-delà des roches profondes, InfoTerre documente aussi la géologie de surface. Les altérites (formations autochtones du régolithe) et les dépôts superficiels (formations allochtones) sont cartographiés. Ces couches minces mais cruciales détermine la fertilité des sols, la capacité de filtration et la vulnérabilité aux contaminations.
Par exemple, un sol argileux en surface absorbe mal l’eau et peut gonfer en périodes humides, menaçant les fondations. À l’inverse, un sol sableux favorise l’infiltration, ce qui peut accélérer la propagation des polluants vers les nappes. InfoTerre donne accès à un modèle d’épaisseur des altérites pour quantifier ces phénomènes à l’échelle locale.
Comment exploiter InfoTerre : guide pratique et opérationnel
Accéder aux données reste volontairement simple. Vous entrez sur le portail infoterre.brgm.fr, vous choisissez une zone géographique ou vous la cherchez par nom. Une barre de navigation permet de zoomer progressivement, et des icônes facilitent l’activation ou désactivation des couches.
Pour les professionnels, le système propose des contextes cartographiques prédéfinis regroupant des combinaisons logiques de couches. Par exemple, le contexte « Inventaires SSP – Géologie » affiche simultanément les sites pollués, les cartes géologiques et l’hydrographie. Cela évite de manipuler chaque couche individuellement et gagne du temps dans les diagnostics.
Cas d’usage : pourquoi un promoteur immobilier consulte InfoTerre
Un promoteur envisage un projet résidentiel sur une parcelle de 5 hectares. Avant de lancer les études coûteuses, il ouvre InfoTerre et zoome sur le site. Il active les couches géologiques et découvre que le terrain repose sur une marne calcaire. Il consulte ensuite la couche « retrait-gonflement » et constate que la zone est modérément aléa. Il scrute les données de la BSS : trois forages anciens aux alentours révèlent que la nappe phréatique est à 12 mètres de profondeur.
Armé de ces éléments, il peut affiner son concept architectural (fondations adaptées, drainage préventif) et estimer les risques géotechniques avant même les sondages. Le gain est double : meilleure décision et budget maîtrisé.
Contextes cartographiques prédéfinis : les raccourcis du professionnel
InfoTerre propose dix contextes préconfigurés adaptés à différents enjeux. Voici les principaux :
- SSP et SIS : dédié à l’inventaire des anciens sites industriels et secteurs d’informations sur les sols
- Établissements sensibles (ETS) : pour repérer les locaux publics ou sensibles bâtis sur des zones à risque
- Géologie générale : cartes géologiques et géologie de surface, idéal pour l’aménagement territorial
- Biodiversité : espaces protégés, zones Natura 2000, ZNIEFF, réserves naturelles
- Hydrogéologie et points d’eau : BSS, entités hydrogéologiques, masses d’eau souterraine
- Combiné complet : tous les inventaires + géologie + hydrogéologie + biodiversité
Données spécialisées : explorer les domaines avancés
Au-delà des couches générales, InfoTerre donne accès à des données très pointues. Les anomalies géochimiques identifient les zones où la composition naturelle des sols pose question, utile pour valoriser ou éviter certaines terres excavées dans le BTP. Le référentiel GeoBaPa classe les terres de chantier selon leur potentiel de réutilisation.
Pour l’hydrologie, le système intègre l’IDPR (Indice de Développement et de Persistance des Réseaux), qui mesure la tendance d’une région à développer des écoulements, déterminant par exemple la sensibilité aux inondations soudaines. Les données ADES complètent avec des informations qualité et quantité sur les points d’eau réels.
Secteurs karstiques et zones d’altérites : les cas complexes
Un domaine souvent méconnu : les secteurs karstiques. Ces régions (notamment le Jura, les Causses, les Pyrénées calcaires) sont parcourues de grottes et d’effondrements souterrains imprévisibles. InfoTerre cartographie ces zones pour alerter les constructeurs et les gestionnaires de risques.
Tout aussi critique, les zones d’altérites meubles en domaine de socle (zone du granite ou schiste fortement altéré) comportent des risques d’instabilité ou de souterranéité cachée. Les données permettent d’éviter des surprises coûteuses lors des fondations.
Intégration avec les outils tiers et réutilisation des données
InfoTerre n’isole pas ses données. Les géoservices OGC permettent d’intégrer les cartes directement dans d’autres logiciels professionnels (SIG, CAO, applications mobiles). Un urbaniste peut récupérer les cartes géologiques au format WMS et les superposer sur son plan urbain. Un développeur peut extraire les données via une API pour créer une application mobile.
Cette interopérabilité est volontaire : respecter les standards OGC et INSPIRE garantit que les fonds publics investis dans ces données bénéficient au plus grand nombre. Pas de verrouillage propriétaire, pas d’abonnement exclusif.
Téléchargement gratuit et partage des cartes
Les cartes géologiques vectorisées et harmonisées au 1/50 000 (l’échelle idéale pour la plupart des études locales) sont téléchargeables gratuitement. Il en va de même pour la carte de France au 1/1 000 000 et celles des outre-mer. Cette ouverture des données fait partie d’une démarche européenne plus large de transparence et d’efficacité administrative.
Gestion des risques et prévention : l’utilité concrète pour les collectivités
Pour une mairie, connaître le sous-sol c’est anticiper. Le retrait-gonflement des argiles cause des milliers de sinistres assurantiels chaque année en France. Une collectivité consultant InfoTerre peut identifier les zones à surveiller, adapter les normes de construction ou prévenir les habitants des risques. De même, les mouvements de terrain, les effondrements karstiques ou les zones inondables sont cartographiés.
Concernant la pollution, l’inventaire CASIAS/BASOL/SIS expose les anciens sites industriels ou activités de service. Une station-service désaffectée peut avoir contaminé les sols. Un petit atelier de mécanique, même fermé depuis 20 ans, peut avoir laissé des traces d’hydrocarbures. InfoTerre aide les élus à identifier ces passifs environnementaux avant qu’ils ne deviennent un problème public ou financier.
Diagnostic environnemental et dépollution
Lorsqu’un site est identifié comme pollué, la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués impose un diagnostic. InfoTerre accélère la phase d’investigation historique et géographique. En croisant les données géologiques, hydrogéologiques et l’historique des activités, on détermine le scénario de dépollution approprié : excavation, confinement, dépollution in situ, etc.
Cette approche scientifique, appuyée sur des données, évite les surcoûts liés à des travaux inappropriés. C’est notamment crucial dans les territoires urbains où les espaces sont contraints et les enjeux élevés.
Gestion des ressources naturelles et enjeux climatiques
La transition écologique exige une meilleure compréhension des ressources souterraines. Les nappes phréatiques, source vitale d’eau douce en France, sont cartographiées dans InfoTerre. Identifier les zones de recharge, mesurer l’épaisseur de la zone non saturée et comprendre les connexions entre différentes masses d’eau devient crucial face aux sécheresses récurrentes.
De plus, la transition énergétique soulève des questions géologiques nouvelles : où stocker le CO2 capturé ? Quelles sont les formations géologiques adaptées à l’hydrogène ? Où exploiter les minéraux critiques (lithium, cobalt) pour les batteries ? Les données InfoTerre constituent la fondation de ces réflexions stratégiques.
Agriculture et viticulture : comprendre le terroir via la géologie
Le concept de terroir en agriculture repose fondamentalement sur la géologie. Les vignes du Bordelais poussent sur des terrains spécifiques (graves, argiles, calcaires) qui influencent le goût. Un agriculteur de polyculture consulte InfoTerre pour connaître la profondeur de son sol, son drainage naturel et sa composition. Ces informations orientent le choix des cultures, les pratiques d’irrigation et la gestion des engrais.
Comprendre la géologie locale, c’est aussi adapter l’agriculture au climat futur : certains terrains sont plus résilients à la sécheresse, d’autres à l’excès d’humidité. InfoTerre démocratise cet accès au savoir géologique, autrefois réservé aux experts.
Accès mobile et démocratisation : InfoTerre partout
Conscient que les données géologiques ne concernent pas que les bureaux d’études, le BRGM propose i-InfoTerre, une version mobile simplifiée. Sur le terrain, un responsable de collectivité ou un agriculteur peut consulter les cartes via un smartphone. Bien sûr, la bande passante et l’affichage limitent la précision, mais l’accès à l’information l’emporte souvent.
Cette démocratisation digital traduit une philosophie : les données géologiques sont un bien commun. Tout citoyen devrait pouvoir explorer le sous-sol de sa région.
Limites et perspectives d’amélioration
Malgré ses forces, InfoTerre a des limites naturelles. Les données ne remplacent jamais les études géotechniques détaillées (sondages coûteux mais précis). Certaines régions disposent de données plus abondantes que d’autres (les zones urbaines sont mieux documentées). La actualisation des données dépend de la capacité du BRGM à intégrer les nouveaux forages et les découvertes récentes.
Cependant, le système évolue constamment. L’intégration des données de capteurs IOT (détection de mouvements de terrain, piezomètres automatisés) ou l’enrichissement par l’intelligence artificielle ouvrent des perspectives prometteuses pour 2026 et au-delà.