Tout savoir sur le cerema et ses missions pour les territoires

10 avril 2026

par : Marc Delvaux

Le Cerema s’est transformé en deux ans. Depuis mai 2023, cet établissement public a ouvert sa gouvernance aux collectivités territoriales, marquant un tournant décisif dans sa relation aux territoires. Aujourd’hui, plus de 1 000 collectivités—16 régions, 87 départements, 430 EPCI et 467 communes—reconnaissent son expertise unique. Mais qu’est-ce qui change vraiment pour les élus, les urbanistes et les entreprises engagées dans la transition climatique ? Le modèle de partenariat partagé entre l’État et les territoires redessine les contours de l’ingénierie publique française, avec des résultats concrets sur le terrain.

Le Cerema, expert public réinventé pour les territoires

Le Centre d’Études et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement n’est plus seulement un organisme consultable sur dossier. Il est devenu un partenaire de confiance des territoires, capable d’intervenir en amont des projets pour du conseil stratégique, de réaliser des études de faisabilité approfondies, des diagnostics territoriaux complets, et même d’assurer des missions d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) pour aider les collectivités à piloter leurs initiatives complexes.

Son positionnement a radicalement changé. Avant 2023, le Cerema était perçu comme une structure étatique distante. Aujourd’hui, implanté en 27 sites répartis sur l’ensemble du territoire national et en Outre-mer, avec quelque 2 500 agents mobilisés, l’établissement s’inscrit dans une logique de proximité. Cette présence décentralisée permet une meilleure compréhension des enjeux locaux et une réactivité accrue face aux urgences climatiques.

Une gouvernance vraiment partagée entre État et collectivités

La réforme structurelle initiée par la loi 3DS en 2022 a transformé le Cerema en premier établissement public à pilotage partagé. Concrètement, cela signifie que les représentants des collectivités occupent désormais la majorité au sein du conseil d’administration (20 sièges sur 35) et du conseil stratégique (20 sièges sur 34). Deux élus en assurent la présidence : Marie-Claude Jarrot, maire de Montceau-les-Mines, et Bruno Faure, président du conseil départemental du Cantal.

Cette redistribution du pouvoir n’est pas cosmétique. Elle reflète une véritable volonté de faire entendre la voix des territoires dans les orientations stratégiques de l’agence. Comme l’affirme l’une des co-présidentes, le Cerema « joue un rôle clé dans cette dynamique par sa capacité à disposer d’une expertise unique en aménagement et transport mariée à une capacité d’intégrer les enjeux du défi climatique ».

Les missions du Cerema : quatre piliers au service des territoires

L’action du Cerema s’organise autour de quatre axes stratégiques qui structurent son accompagnement des collectivités. Ces piliers répondent chacun à un besoin spécifique des territoires face aux transformations urbaines et climatiques actuelles.

Conseiller et concevoir les projets territoriaux

Le premier rôle du Cerema est d’accompagner les collectivités, les services de l’État et les entreprises dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets d’aménagement adaptés au changement climatique. Cette mission s’étend aux initiatives locales comme aux programmes nationaux. L’agence conçoit et met à disposition des méthodes, des services, des outils, des diagnostics et des évaluations pensés pour résoudre les problèmes concrets des territoires.

En 2024, cette approche a produit des chiffres éloquents : 2 818 missions réalisées auprès de 439 collectivités, soit une hausse de 50 % par rapport à 2022. Les infrastructures de transport occupent la tête du classement (43 %), suivies des mobilités (21 %), de l’environnement et des risques (19,5 %), et de l’aménagement territorial (11 %).

Être le référent des territoires face au défi climatique

Face à l’urgence climatique, le Cerema endosse le rôle de sentinel et guide des adaptations territoriales. Cette mission va au-delà de l’expertise technique : elle implique une compréhension globale des vulnérabilités de chaque territoire et une capacité à proposer des solutions pragmatiques et contextualisées.

Des exemples concrets illustrent cette efficacité. Dans le Lot, le Cerema a conduit un diagnostic approfondi de la vulnérabilité climatique, reconnu par les services départementaux comme une « base de référence sérieuse ». À Saint-Georges-de-Reneins, l’adaptation de l’outil Sésame a guidé la stratégie de végétalisation urbaine, transformant les approches locales de l’aménagement. En Seine-Saint-Denis, l’agence a évalué la « marchabilité » de six sites pilotes, questionnant la capacité des espaces publics à accueillir les piétons confortablement. Au Grand Reims, des cartographies d’îlots de chaleur urbains réalisées via images satellites à très haute résolution ont fourni aux décideurs une visualisation précise des zones à risque.

Passer le savoir et animer les communautés d’expertise

Le Cerema fonctionne aussi en tant que centre de ressources public national, produisant et diffusant des connaissances librement accessibles. Chaque année, l’agence publie environ cent références éditoriales qui s’ajoutent à un fonds de plus de 3 000 publications. Ces ressources—rapports, études, formations, journées techniques—constituent un atout majeur pour diffuser les bonnes pratiques et soutenir l’innovation.

En 2024, le Cerema a organisé 99 conférences techniques territoriales dans tout l’Hexagone pour renforcer une culture commune de l’ingénierie publique. Ses formations destinées aux élus, souvent co-construites avec d’autres opérateurs, et ses webinaires mensuels « Club Adhérents » abordent des sujets techniques de façon accessible, sans jargon indigeste. Fort de ses 169 référents déployés sur le terrain et d’une communauté de plus de 30 000 membres actifs sur la plateforme Expertises.Territoires, le Cerema entend bien poursuivre cette dynamique de partage et d’apprentissage collectif.

Rechercher et innover pour construire l’expertise de demain

Enfin, le Cerema s’engage dans des projets de recherche opérationnelle orientés vers des solutions concrètes. Cette quête permanente d’innovation, menée en étroite collaboration avec partenaires et entreprises, vise à anticiper les défis futurs et à développer des outils et des méthodologies inédites.

Cette dimension est cruciale : elle garantit que le Cerema ne reste pas figé dans les pratiques actuelles, mais évolue constamment pour répondre à des enjeux en perpétuelle mutation. Certifié NF EN ISO 9001, NF EN ISO 17 025 et QUALIOPI, l’établissement bénéficie de validations externes qui attestent de la qualité de ses processus et de son engagement envers l’excellence.

Le modèle du marché en quasi-régie : simplifier l’accès à l’expertise

Pour que chaque collectivité puisse bénéficier des compétences du Cerema sans se perdre dans des procédures administratives complexes, l’agence a opté pour le marché en quasi-régie. Ce dispositif contractuel simplifié permet aux collectivités de mobiliser directement les services de l’établissement, sans appels d’offres laborieux.

L’objectif affiché est clair : « zéro territoire isolé en matière d’expertise et d’ingénierie technique ». Cette ambition traduit une conviction profonde : la transition climatique ne peut réussir que si chaque collectivité, quelle que soit sa taille ou sa situation géographique, a accès à des compétences pointues et adaptées à son contexte local.

Les chiffres d’une transformation réussie

Indicateur Chiffre Évolution
Collectivités adhérentes 1 000+ Croissance depuis 2023
Régions 16 Engagement régional
Départements 87 Couverture territoriale
EPCI 430 Structures intercommunales
Communes 467 Échelon local
Missions réalisées en 2024 2 818 +50% vs 2022
Collectivités accompagnées 439 Diversité des territoires
Agents 2 500 Ressources humaines déployées
Implantations territoriales 27 Présence décentralisée
Référents terrain 169 Points de contact locaux
Membres sur Expertises.Territoires 30 000+ Communauté active
Publications disponibles 3 000+ Ressources en libre accès
Conférences techniques (2024) 99 Maillage national

Intervenir au plus près des réalités locales : des études de cas probantes

Le passage de la théorie à la pratique révèle toute l’utilité du Cerema. Ses interventions sur le terrain démontrent une réactivité et une adaptabilité remarquables face aux défis concrets des territoires.

Résilience climatique : le diagnostic comme point de départ

Comprendre la vulnérabilité d’un territoire aux chocs climatiques est le prérequis de toute stratégie d’adaptation. Le Cerema excelle dans cet exercice. En conduisant des diagnostics territoriaux affinés, l’agence aide les collectivités à identifier leurs points faibles : zones inondables, îlots de chaleur, infrastructure insuffisantes, populations fragiles.

Ces analyses ne restent pas académiques. Elles servent de fondation à des plans d’action concrets. Une collectivité armée d’un diagnostic solide peut prioriser ses investissements, solliciter les financements adéquats et justifier auprès de ses citoyens les orientations retenues.

Végétalisation et adaptation urbaine : vers des villes plus respirables

À Saint-Georges-de-Reneins, l’outil Sésame mis en place par le Cerema a transformé la vision locale de la végétalisation. Cet instrument, conçu pour évaluer le potentiel de verdissement d’une ville, va bien au-delà d’une simple cartographie des espaces verts. Il intègre des critères de vulnérabilité climatique, de santé publique et de qualité de vie, proposant une vision globale de comment les arbres, plantes et espaces naturels peuvent refroidir les villes et améliorer le bien-être.

Cette approche illustre comment les outils du Cerema aident les collectivités à dépasser des considérations esthétiques ou environnementales isolées pour adopter une perspective systémique.

Réactivité face aux urgences : l’exemple de Corte

Quand les événements s’accélèrent ou que des crises émergent, le Cerema démontre sa capacité d’intervention d’urgence. À Corte, en Corse, l’agence a permis la mise en place d’un pont provisoire en zone sensible avec une réactivité impressionnante, validant son rôle non seulement de stratège mais aussi d’opérateur capable de mobiliser ressources et expertises face à l’imprévu.

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