Habiter la maison d’un parent en EHPAD : règles et impôts

27 décembre 2025

par : Marc Delvaux

Photo d'une infirmière et d'une résidente en EHPAD
Occuper le logement d’un parent en EHPAD nécessite un contrat écrit, comme un prêt à usage, pour éviter la requalification en donation déguisée. Cette démarche sécurise la succession et préserve le droit aux aides sociales (ASH). Administrativement, le statut de résidence secondaire doit obligatoirement être déclaré aux impôts, sous peine d’une amende forfaitaire de 150 €.

Laisser le logement vacant d’un proche placé en institution semble souvent absurde, pourtant s’y installer sans précautions expose immédiatement la famille à de sérieux risques de redressement fiscal ou de blocage des aides sociales. Si votre projet est d’habiter maison parent ehpad, vous devez impérativement formaliser cette occupation par un commodat ou un bail rigoureux pour éviter que l’administration ne la requalifie aussitôt en donation déguisée. Nous décryptons ici les obligations déclaratives précises et les montages juridiques indispensables pour sécuriser totalement votre situation vis-à-vis du fisc tout en préservant l’harmonie successorale.

Les options juridiques pour occuper le logement

Le prêt à usage ou commodat : la solution de la gratuité

Le prêt à usage, juridiquement appelé commodat, est un contrat spécifique permettant d’occuper le bien totalement gratuitement. C’est une solution souvent privilégiée pour habiter la maison d’un parent en EHPAD, mais qui doit impérativement être formalisée par un écrit rigoureux.

Ne négligez pas cette étape administrative, car elle vous protège. Sans contrat, l’administration fiscale ou les autres héritiers pourraient requalifier cette occupation en donation déguisée, entraînant de lourds redressements fiscaux et des conflits familiaux.

Voici les obligations précises qui découlent de cet arrangement :

  • L’occupant, nommé l’emprunteur, s’engage à conserver et entretenir le bien immobilier.
  • Il prend en charge les menues réparations ainsi que les charges courantes (eau, électricité).
  • Les grosses réparations structurelles restent financièrement à la charge du propriétaire, donc du parent.
  • Le contrat doit prévoir une durée d’occupation, qu’elle soit déterminée ou indéterminée.

Le contrat de location : une relation claire et rémunératrice

Le bail locatif représente une alternative structurante où l’enfant devient officiellement locataire et verse un loyer à son parent. Ce revenu généré s’avère souvent indispensable pour aider concrètement à financer le coût mensuel élevé de l’hébergement en EHPAD.

Attention toutefois à la fixation du montant mensuel. Le loyer doit impérativement correspondre au prix réel du marché locatif. Un loyer manifestement sous-évalué serait considéré par le fisc comme un avantage indirect, avec un risque de pénalités.

Cette option a le mérite de clarifier les obligations respectives de chacun. Le locataire règle ses charges et l’entretien courant, tandis que le propriétaire assume les gros travaux, en stricte conformité avec la loi sur les baux d’habitation.

L’usufruit temporaire : une vision à plus long terme

L’usufruit temporaire offre le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les fruits, comme des loyers, sans en être propriétaire. Dans ce schéma juridique, le parent conserve uniquement la nue-propriété, ce qui modifie l’équilibre patrimonial.

Cette opération complexe s’effectue généralement via une donation avec réserve d’usufruit ou une cession temporaire. C’est une démarche lourde qui nécessite obligatoirement un passage chez le notaire.

L’usufruitier, c’est-à-dire l’occupant, a des obligations bien plus larges que le simple locataire. Il paie la quasi-totalité des charges et taxes afférentes au bien, ce qui représente une charge financière conséquente à anticiper.

Le casse-tête de la fiscalité : ce qui change pour les impôts

Une fois le cadre légal posé, le volet fiscal devient la préoccupation numéro un. Les conséquences ne sont pas neutres, ni pour le parent, ni pour l’occupant.

La déclaration d’occupation : une obligation à ne pas oublier

Le départ en maison de retraite modifie la donne fiscale. Le logement perd son statut de résidence principale pour devenir une résidence secondaire. C’est un détail qui change tout pour ceux qui projettent d’habiter la maison d’un parent en EHPAD.

Le propriétaire doit impérativement signaler ce changement de situation. Il faut se connecter sur l’espace « Gérer mes biens immobiliers » du site impots.gouv.fr pour renseigner l’identité précise de l’occupant actuel.

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Ne négligez pas cette démarche administrative. En cas d’oubli ou d’erreur déclarative, l’administration fiscale applique une amende de 150 € par bien concerné. La note peut vite devenir salée.

Taxe d’habitation et taxe foncière : qui paie quoi ?

La taxe d’habitation sur les résidences secondaires est due, c’est inévitable. C’est l’occupant présent dans les lieux au 1er janvier, qu’il soit logé à titre gratuit ou non, qui doit régler la note au Trésor public.

Précisons que la taxe foncière reste toujours à la charge du propriétaire légal, c’est-à-dire le parent. Sauf dans le cas très spécifique de l’usufruit, le propriétaire conserve cette dette fiscale chaque année.

En cas de démembrement, c’est l’usufruitier, donc l’occupant, qui est seul redevable de la taxe foncière et de la taxe d’habitation. La nue-propriété n’entraîne pas le paiement de ces taxes locales pour le nu-propriétaire.

IFI et déclaration de revenus : les autres impacts fiscaux

Le bien, n’étant plus une résidence principale, perd son abattement de 30 % pour le calcul de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI). Il entre désormais dans le patrimoine taxable du parent pour sa pleine valeur vénale.

Si un loyer est perçu dans le cas d’une location, le parent doit le déclarer comme revenu foncier. Cela augmente mécaniquement son impôt sur le revenu global annuel.

Pour l’occupant à titre gratuit, l’avantage en nature n’est généralement pas imposable. Mais attention, le fisc peut y voir une donation indirecte si la situation n’est pas clairement encadrée par un contrat écrit et daté.

Les situations particulières : tutelle, curatelle et indivision

Au-delà des questions légales et fiscales, la situation personnelle du parent ou la structure de propriété du bien ajoutent des couches de complexité. Il faut les aborder de front.

Parent sous tutelle ou curatelle : l’autorisation du juge est impérative

Si votre parent fait l’objet d’une mesure de protection juridique, comme une tutelle ou une curatelle, oubliez les arrangements informels. La loi est formelle et protège le majeur vulnérable. Aucune décision concernant son logement ne peut être prise unilatéralement.

Pour occuper le logement, même à titre gratuit, vous devez impérativement obtenir l’autorisation du juge des tutelles. C’est une étape incontournable pour habiter maison parent ehpad légalement. Le conseil de famille, s’il est constitué, devra également valider cette occupation.

Le magistrat a une priorité absolue : protéger les intérêts financiers du protégé. Il vérifiera si cette occupation ne le lèse pas, surtout si la location du bien pourrait financer son hébergement coûteux.

Le bien est en indivision : l’accord de tous est nécessaire

Prenons un cas fréquent : la maison n’appartient pas exclusivement au parent. Suite au décès du conjoint, le bien se trouve souvent en indivision successorale. Le parent est alors co-indivisaire avec ses propres enfants sur ce patrimoine.

Ici, la règle est stricte : l’occupation du bien par l’un des indivisaires exige l’accord unanime de tous les autres. Se contenter d’un accord tacite constitue un pari juridique risqué. Vous devez obtenir une validation écrite pour éviter tout litige ultérieur.

Sans cet accord formel, les autres co-indivisaires sont en droit de réclamer une indemnité d’occupation. Concrètement, vous devrez verser une somme équivalente à une part du loyer que le bien aurait pu générer sur le marché.

Quand le parent n’est qu’usufruitier du logement

Abordons enfin une subtilité technique : il arrive que le parent soit seulement usufruitier du bien, souvent après le décès de son époux. Les enfants sont alors nus-propriétaires. Cette configuration change la donne pour l’occupation des lieux.

En sa qualité d’usufruitier, le parent conserve le droit de jouir du bien. Il peut donc parfaitement le prêter ou le louer. Il a le pouvoir d’autoriser son enfant à y résider temporairement.

Attention toutefois : au décès du parent, l’usufruit s’éteint instantanément. L’occupant n’a plus aucun droit sur le logement, qui revient en pleine propriété aux nus-propriétaires. La situation prend fin immédiatement, sans délai de grâce.

L’impact sur les aides sociales : un point de vigilance majeur

L’aide sociale à l’hébergement (ash) et le logement vacant

L’Aide Sociale à l’Hébergement (ASH) constitue un filet de sécurité départemental. Elle finance les frais d’EHPAD quand la pension du résident et le soutien financier des obligés alimentaires ne suffisent pas à régler la facture mensuelle.

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Si vous choisissez d’habiter maison parent ehpad à titre gratuit, le conseil départemental risque de tiquer. Pour l’administration, il s’agit d’une ressource non mobilisée. Concrètement, ce patrimoine immobilier devrait être loué pour générer des revenus immédiats.

Face à cette situation, la réaction administrative peut être ferme :

  • Le département a la faculté de refuser ou diminuer le montant de l’ASH.
  • L’avantage en nature est parfois compté comme un revenu fictif.
  • L’administration peut exiger la mise en location du bien.

La récupération sur succession : l’épée de Damoclès de l’ash

Ne perdez jamais de vue ce mécanisme redoutable. Les sommes avancées par le département au titre de l’ASH sont récupérables au décès du bénéficiaire. Ce n’est pas un don, mais une créance.

Cette reprise s’exerce directement sur l’actif successoral. Autrement dit, le patrimoine laissé par le défunt […] sert de gage pour rembourser la dette sociale accumulée au fil des années.

Les héritiers se retrouvent donc contraints de rembourser les aides perçues. Le fait d’occuper le bien ne le protège aucunement de cette créance de l’aide sociale. La facture tombe inévitablement lors du règlement de la succession.

Et pour les aides de l’occupant (apl, rsa) ?

On néglige trop souvent cet angle mort : l’impact sur les propres aides de l’enfant qui investit le logement. C’est pourtant une variable financière qui change la donne pour votre budget personnel.

Puisque vous êtes logé à titre gratuit, vous ne pouvez logiquement pas prétendre aux aides au logement (APL). La Caisse d’Allocations Familiales exige une dépense de logement réelle. Sans quittance de loyer, le robinet se ferme.

Concernant le RSA, cette occupation gratuite constitue un avantage en nature aux yeux de l’administration. Cela entraîne mécaniquement une réduction forfaitaire du montant de votre prestation mensuelle, calculée selon le nombre de personnes au foyer.

Anticiper la succession grâce au démembrement de propriété

Plutôt que de subir la situation, il existe des outils juridiques pour l’organiser intelligemment, en protégeant tout le monde et en préparant l’avenir. Le démembrement de propriété est le plus puissant.

Comprendre le démembrement : usufruit et nue-propriété

Le démembrement de propriété divise juridiquement la possession en deux parties distinctes. D’un côté, l’usufruit offre le droit d’habiter le logement ou de le louer. De l’autre, la nue-propriété concerne les murs eux-mêmes, sans droit de jouissance immédiat.

Votre parent peut vous donner la nue-propriété tout en conservant l’usufruit pour lui-même, ou inversement. Cette mécanique permet de transmettre une partie du patrimoine de son vivant. C’est une stratégie d’anticipation successorale.

Au décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété automatiquement. Aucun droit de succession supplémentaire n’est dû sur la valeur du bâti ou des différents types de terrains rattachés au bien. C’est un levier fiscal redoutable.

La répartition des charges et des travaux : qui fait quoi ?

Ce mécanisme a l’immense mérite de clarifier officiellement qui paie quoi dans la maison. Le Code civil fixe des règles précises pour chaque type de dépense. Cela évite les disputes familiales basées sur des accords flous.

Répartition des charges et travaux entre usufruitier et nu-propriétaire
Type de dépense À la charge de l’Usufruitier (l’occupant) À la charge du Nu-Propriétaire (l’héritier)
Entretien courant (peintures, petites réparations) Oui Non
Taxe foncière Oui Non
Taxe d’habitation Oui Non
Grosses réparations (toiture, murs porteurs, ravalement complet) Non Oui
Charges de copropriété courantes Oui Non
Grosses dépenses de copropriété votées Non Oui

Un outil pour éviter les conflits successoraux

Passer par une donation-partage devant notaire permet de figer la situation immédiatement. Cet acte juridique règle la succession avant même qu’elle ne s’ouvre réellement. L’avantage reçu est acté et ne pourra pas être contesté plus tard.

Cela empêche vos frères et sœurs de réclamer une part sur cet avantage au moment du décès du parent. On évite ainsi la requalification en donation rapportable qui pourrait déséquilibrer le partage final. La valeur est fixée au jour de l’acte.

C’est la solution la plus robuste pour sécuriser l’occupant tout en garantissant l’équité dans la fratrie. Cette tranquillité d’esprit a un coût, celui des frais notariés. Mais c’est le prix de la sécurité juridique.

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En pratique : la checklist administrative et les alternatives

La checklist des démarches à l’installation

Une fois la décision validée, l’inertie est votre pire ennemie. Il faut verrouiller la situation immédiatement pour occuper le logement légalement. L’administratif, aussi fastidieux soit-il, protège tout le monde.

  1. Rédiger et signer le contrat (prêt à usage ou bail) avec le parent ou son tuteur légal.
  2. Faire la déclaration d’occupation obligatoire sur le site impots.gouv.fr.
  3. Souscrire une assurance habitation multirisque directement à son nom.
  4. Transférer les contrats d’énergie (électricité, gaz) et d’eau pour éviter les coupures.
  5. Mettre en place l’abonnement internet et la ligne téléphonique à votre nom.
  6. Effectuer son changement d’adresse auprès de tous les organismes publics et bancaires.

Les alternatives : mettre en location ou vendre

Parfois, habiter maison parent ehpad n’est simplement pas la bonne stratégie. La charge émotionnelle ou financière devient vite trop lourde pour un seul occupant. Il faut alors pivoter vers d’autres options pour éviter que le bien ne devienne un boulet fiscal.

La mise en location reste l’alternative la plus courante pour valoriser le patrimoine. Les loyers perçus permettent d’absorber les charges courantes du bâtiment. Surtout, ils contribuent directement au financement de l’EHPAD, dont les coûts mensuels sont souvent très élevés.

La vente du bien constitue la solution la plus radicale mais parfois inévitable. Elle débloque un capital immédiat pour sécuriser le parcours de soin. Pour ne pas brader le patrimoine, une juste estimation de la valeur du bien est indispensable.

Le rôle central du notaire pour sécuriser votre projet

Tout au long de ce parcours, une figure s’impose : le notaire. Se passer de son expertise est un pari risqué que je déconseille formellement. Son intervention n’est pas une option facultative, c’est une nécessité absolue pour valider vos choix.

C’est lui qui verrouillera le montage juridique adapté à votre configuration familiale précise. Il agit comme le garant de la sécurité juridique. Sans lui, vous naviguez à vue.

Consulter un notaire en amont désamorce les conflits futurs entre héritiers. Cela évite aussi les redressements fiscaux douloureux ou les blocages lors de la succession. C’est le prix de votre tranquillité.

S’installer dans le logement d’un parent en EHPAD exige une formalisation rigoureuse. Entre les obligations déclaratives et l’impact sur l’aide sociale, les risques financiers sont réels. Pour éviter tout conflit familial ou redressement fiscal, la signature d’un contrat adapté et l’accompagnement d’un notaire restent indispensables pour sécuriser cette occupation.

FAQ

Puis-je habiter la maison de mon parent entré en EHPAD ?

Oui, vous pouvez occuper le logement, mais cette installation doit être encadrée juridiquement pour protéger toutes les parties. Il est recommandé de signer un contrat de prêt à usage (commodat) si l’occupation est gratuite, ou un bail classique si vous versez un loyer. Cela évite que l’administration fiscale ne requalifie l’avantage en donation déguisée.

Attention toutefois à deux points de vigilance : si votre parent est sous tutelle, l’autorisation du juge est impérative avant toute installation. De même, si la maison est en indivision (suite au décès de l’autre parent par exemple), vous devez obtenir l’accord écrit de vos frères et sœurs pour éviter qu’ils ne vous réclament une indemnité d’occupation.

Est-il possible de vendre la maison d’un parent résidant en EHPAD ?

La vente du domicile est une solution souvent envisagée pour financer le coût élevé de l’hébergement en maison de retraite. Si le parent dispose de toutes ses facultés mentales, il peut décider seul de la mise en vente. La transaction se déroule alors de manière classique devant notaire.

La situation diffère si le parent est sous mesure de protection juridique (tutelle ou curatelle). Dans ce cas, la vente ne peut se faire qu’avec l’accord du juge des tutelles. Ce dernier s’assurera que la cession du patrimoine immobilier est indispensable et qu’elle sert exclusivement les intérêts financiers du résident.

Quelle devient la résidence principale du parent une fois en EHPAD ?

Dès lors que le séjour en maison de retraite devient permanent, l’EHPAD est considéré administrativement et fiscalement comme la nouvelle résidence principale du parent. Par conséquent, son ancien logement change de statut et devient automatiquement une résidence secondaire.

Ce basculement n’est pas anodin pour la fiscalité. Il entraîne la perte de l’abattement de 30 % sur la valeur du bien pour le calcul de l’Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) et modifie les règles relatives à la taxe d’habitation. Il est donc essentiel de signaler ce changement de situation via la déclaration d’occupation sur le site des impôts.

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